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V - Sous l'emprise de l'État (1945-1982)  

 
30 janvier 2003

En 1945 le gouvernement du Général de Gaulle nationalise la Banque de France et les quatre premières banques commerciales disposant d'un réseau national : Crédit lyonnais, Société générale, Comptoir national d'escompte de Paris et BNCI. La même loi reprend l'essentiel de la réglementation de Vichy, et établit une cloison étanche entre les banques de dépôts, qui doivent privilégier les emplois liquides, et les banques d'affaires, qui ont évité la nationalisation et peuvent prendre des engagements longs.

 

L'État a donc pris en main l'essentiel du crédit. Pendant une vingtaine d'années, les banques nationalisées se consacrent à la collecte de l'épargne à court terme, elles soutiennent les émissions du Trésor tout en participant au financement de la reconstruction et de la modernisation de l'économie. C'est toutefois le Trésor qui finance principalement la réalisation des premiers Plans et c'est la Caisse des dépôts qui aide les collectivités locales et finance la construction des logements populaires et moyens. Les banques proprement dites constituent un secteur cartellisé, où on évite de se faire concurrence.

Tenues par une politique restrictive du Conseil national du crédit, elles n'augmentent guère le nombre de leurs guichets de 1945 à 1959 et se contentent de gérer, sans risque, les ressources que l'inflation ambiante et les efforts de l'État pour favoriser l'usage du chèque gonflent tout naturellement.



Les "lois Debré"

Mais au moment du cinquième Plan, quand la poursuite de l'expansion nécessite un effort considérable d'investissement, c'est au concours des grandes banques qu'on va faire appel.


A cette fin, les " lois Debré " de 1966-1967 atténuent sensiblement la séparation banques d'affaires/banques de dépôts. Elles permettent à ces dernières d'accroître l'éventail de leurs ressources (en recevant des dépôts à plus de deux ans, etc.) et surtout d'élargir fortement leurs participations dans des firmes. Toutes ces banques sont autorisées à ouvrir à volonté de nouveaux guichets et à se faire concurrence, il est permis aussi à des établissements du secteur public et du secteur privé de resserrer les liens qui les unissent. Enfin le ministre Michel Debré fusionne le CNEP et de la BNCI, qui donnent naissance à la première banque française, la Banque nationale de Paris (BNP).

Dynamisme

Le système de crédit réagit rapidement à ces sollicitations. Tandis que les établissements mutualistes poursuivent leur croissance soutenue, les banques nationalisées font preuve d'un dynamisme nouveau : en quelques années elles doublent le nombre de leurs guichets. Les familles françaises sont presque toutes " bancarisées ", notamment, à la suite des accords de Matignon en 1968, sous l'effet de la mensualisation des salaires et de l'obligation de les verser sur un compte bancaire. Ces banques offrent aux entreprises et aux particuliers une gamme de produits de plus en plus diversifiés (crédits à long et moyen terme, crédits à l'exportation, financements de projets, prêts personnels, aide au logement, sicav, etc.). Leurs dépôts triplent de 1966 à 1976, et désormais la monnaie de banque représente les quatre cinquièmes de la masse monétaire.


Dans le même temps, les banques d'affaires connaissent une véritable renaissance et se lancent dans de grandes manoeuvres. Autour de la Banque de Paris et des Pays-Bas, qui s'est agrégé la Compagnie bancaire en 1966-1973, et de la Compagnie de Suez, qui a acheté la Banque de l'Indochine en 1972, se constituent deux très puissants groupes financiers. Ils s'affrontent en 1968-1969 à propos de la reprise du CIC. Finalement, aux termes d'un accord conclu en 1971, Suez obtient le contrôle du CIC et cède la BUP à Paribas, qui la fusionne avec le Crédit du Nord (déjà acquis en 1968).

La crise pétrolière de 1973

La crise pétrolière de 1973 se répercute, avec quelque retard, sur les banques françaises. Et en 1982 le gouvernement de gauche issu des élections de l'année précédente procède à une nouvelle vague de nationalisations. Les banques d'affaires sont cette fois concernées, comme toutes les banques françaises détenant plus d'un milliard de francs de dépôts. Désormais presque tous les rouages bancaires relèvent des secteurs public ou mutualiste.

Evolution du paysage bancaire

L'emprise exercée par l'État n'empêche pas le paysage bancaire d'évoluer. Les grandes banques se rapprochent des compagnies d'assurances, les plus puissantes d'entre elles constituent des groupes financiers complexes, et elles poursuivent leurs efforts d'implantation à l'étranger. Elles modernisent leur gestion en s'informatisant rapidement, et elles ont effectué une remarquable percée technologique avec leur système de cartes bancaires unique à l'époque par son étendue géographique, par sa constante disponibilité et par l'interconnexion de tous les réseaux. Dans le classement des banques mondiales établi au début des années 1980 d'après le montant total de leurs dépôts, quatre d'entre elles (le Crédit agricole, la BNP, le Crédit lyonnais et la Société générale) figurent dans les vingt premières places. Mais ces mêmes banques ont alors encore des progrès à faire pour accroître leurs fonds propres, et surtout pour améliorer une profitabilité médiocre.


Source : Alain Plessis

 
 
 
 
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