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II - Le temps des grands banquiers (~1800-1860)  

 
30 janvier 2003

La Haute Banque achève de se constituer pendant la première moitié du dix-neuvième siècle.

 

La Haute Banque achève de se constituer pendant la première moitié du dix-neuvième siècle.

Cette expression désigne une vingtaine de maisons honorables de la capitale appartenant à de très riches familles de banquiers ; certaines avaient déjà pratiqué la profession avant 1789, comme les Mallet, établis à Paris depuis 1713. D'autres y sont venues vers la fin de l'Empire, comme les Rothschild (c'est en 1812 que James de Rothschild est pour la première fois dans la capitale) et d'autres, comme les Mirabaud, s'y installent seulement sous la monarchie de Juillet (1830-1848). Si beaucoup sont de confession protestante ou israélite, et d'origine suisse ou allemande, parfois anglaise ou hollandaise, il y en a aussi de catholiques, venus souvent de province, comme les Perier de Grenoble. Certaines de ces maisons feront preuve d'une étonnante longévité.

Ces marchands-banquiers jouent un rôle actif dans le commerce des grands produits bruts et fabriqués

Au dix-neuvième siècle, leurs chefs emploient leur fortune personnelle, les capitaux que leur ont confiés leurs parents et quelques riches relations, et les fonds qu'ils tirent de leurs acceptations dans de multiples activités. Ces marchands-banquiers jouent un rôle actif dans le commerce des grands produits bruts et fabriqués (blé, tabac, mercure, cotonnades...). Ils financent le négoce international et ils entretiennent d'étroites relations avec les principales places financières européennes, avec la City de Londres en particulier. En s'associant pour constituer des syndicats de placement, ils favorisent le classement des grands emprunts d'État, français et étrangers, et ils contribuent à la diffusion des valeurs mobilières. Ils lancent les premières caisses d'épargne et les nouvelles compagnies d'assurances, ils financent largement l'aménagement des nouveaux quartiers urbains, ils fondent des entreprises industrielles, surtout dans les mines et la métallurgie. Enfin, ils participent activement à la fièvre de construction ferroviaire qui marque les dernières années de la monarchie de Juillet. Plusieurs d'entre eux jouent un rôle politique important sous ce régime.

James de Rothschild est de loin le plus puissant de ces grands banquiers.

Grâce à la solidarité qui l'unit à ses frères, à son travail forcené, aux relations privilégiées qu'il entretient dans les cercles dirigeants sans lier jamais son sort à aucune forme de gouvernement, à son sens particulier des affaires, il a su marcher avec son temps et édifier une maison qui surclasse toutes ses rivales. II a été aussi le promoteur de la très puissante Compagnie du chemin de fer du Nord, qui restera sous l'emprise des Rothschild jusqu'en 1937. A sa mort, en 1868, il laisse une fortune fabuleuse pour l'époque de 150 millions de francs. Demeuré étranger, il n'a pu devenir lui-même régent de la Banque de France, mais son fils Alphonse est entré en 1855, à l'âge de vingt-huit ans, dans le Conseil de régence où se trouvent représentées les plus influentes des familles de la Haute Banque. Ceci leur permet de diriger l'institut d'émission, de concert avec un gouverneur, dont la fonction a été instituée en 1806, et qui est nommé par le chef de l'État.

des banquiers locaux

A côte de ces puissants financiers, il existe dans la plupart des villes des banquiers locaux, qui se sont multipliés pendant les années 1830-1870. Au début de la Troisième République, on en comptait peut-être 2000, et la France disposait ainsi d'un tissu bancaire d'une richesse souvent insoupçonnée. Ces banquiers locaux, appelés escompteurs (voire usuriers par ceux qui s'en plaignent), constituent un milieu complexe et hiérarchisé. Leurs moyens sont limités, mais ils peuvent en cas de besoin s'appuyer sur la maison parisienne dont ils sont les correspondants, et ils se refinancent généralement auprès de la succursale de la Banque de France la plus proche. Celle-ci, qui jouit depuis 1848 du monopole de l'émission (elle a à cette date absorbé les neuf banques départementales d'émission, alors en difficulté), s'est engagée en 1857 à ouvrir au moins une succursale par département. Les entrepreneurs honorables ont toujours la possibilité d'y réescompter une partie des effets de commerce qu'ils détiennent. Quand ils disparaîtront, surtout après 1930, on regrettera ces banquiers locaux proches de leurs clients et bien intégrés à l'économie de leur contrée.


Ainsi la banque, qui en Angleterre est déjà représentée par de grands établissements, ayant la forme de sociétés anonymes et disposant d'un réseau de succursales, est longtemps demeurée en France un monde de banquiers, petits (les banquiers locaux) ou grands (la Haute Banque), s'appuyant les uns et les autres sur les crédits de la Banque de France, qui est la clef de voûte d'un système remarquablement cohérent. Ce système va être perturbé par l'irruption des grandes banques de dépôts.

Source : Alain Plessis

 
 
 
 
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