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I - Des progrès longtemps entravés  

 
30 janvier 2003

Du Moyen Age à la Révolution Française

 

Au Moyen-Age et au début des Temps modernes

Les activités bancaires ont connu en France un développement plus tardif et plus difficile que dans des pays voisins comme l'Italie, les Pays-Bas ou les Provinces-Unies. La place écrasante d'une agriculture de subsistance et une insertion très partielle dans les échanges internationaux, l'influence dominante de l'Église catholique et les sermons des prêtres qui persistent longtemps dans leurs dénonciations du prêt à intérêt, des mentalités très hostiles à tout ce qui ressemble à de l'usure, rendent les manieurs d'argent suspects et entravent le libre développement de leurs affaires.


Pourtant l'essor du négoce, qui se manifeste d'abord aux douzième et treizième siècles par l'activité des foires de Champagne, puis par le dynamisme de places commerciales comme les grands ports du royaume ou la ville de Lyon, et les besoins financiers du pouvoir royal, qui dès la même époque a dû largement emprunter à l'ordre des Templiers, ont rendu de plus en plus indispensables l'utilisation des pratiques bancaires. Les méthodes de la banque, qui ont généralement été inventées en Italie, gagnent dès lors la France : il s'agit du change manuel, de l'usage des lettres de change pour transférer des fonds, d'opérations de crédit, qui se greffent sur les opérations précédentes, de dépôts, de virements et de placements divers.


Les banquiers qui pratiquent ces métiers et parfois s'enrichissent beaucoup sont surtout des étrangers qui vivent en marge de la communauté nationale, surtout des Italiens et des Juifs. On appelait ces Italiens les Lombards : à Paris, qui est déjà une ville de banque, des changeurs venus du Piémont se sont ainsi installés dans une rue appelée depuis lors la rue des Lombards. Certains Français font aussi de la banque. Ainsi le célèbre Jacques Coeur (1395-1456) ; mais l'essentiel de ses profits provient de son rôle de fournisseur de la Cour en produits de luxe, il est tombé en disgrâce en 1451, et ses biens ont été confisqués. Pour les Français, la banque est encore plus une aventure qu'une entreprise économique comme les autres.

C'est du dix-huitième siècle que date le premier véritable essor de la banque en France.

Certes l'ambitieuse tentative de John Law (1716-1720) se solde par un échec lourd de conséquences. Sa Banque générale, qui a reçu le privilège d'émettre des billets de banque, est destinée tout à la fois à secourir le crédit public, gravement atteint par le coût des guerres de Louis XIV, et à amortir l'écrasante dette de l'État, d'autre part à assurer la reprise de l'économie en développant le crédit commercial. Victime d'une spéculation déchaînée et d'une émission excessive de monnaie fiduciaire, le " Système " s'effondre brutalement, ce qui jette sur toutes les entreprises de banque un discrédit qui persistera pendant plusieurs décennies.


Mais le progrès de l'économie, en particulier du grand commerce, et la nécessité où se trouve l'État d'emprunter sans cesse de l'argent, provoquent l'organisation progressive d'une structure du crédit qui apparaît relativement diversifiée sous le règne de Louis XVI. A la base, dans bien des petites villes de province, il y a, déjà nombreux, les escompteurs et les banquiers locaux, qui assurent la circulation des effets de commerce servant à financer le négoce et font du crédit commercial.


Des maisons de banque plus puissantes sont établies dans quelques cités actives, comme Lyon, Bordeaux, Saint-Malo, et avant tout à Paris. S'il y a de grands banquiers catholiques et originaires de France, beaucoup d'entre eux sont venus de l'étranger, notamment de Suisse, et sont de religion protestante, comme les Hottinguer, de Zurich, ou les Mallet, qui appartiennent à une ancienne famille de huguenots installée à Genève. Leurs activités sont multiples : ils financent le commerce international, mettent au service du souverain leur crédit international, interviennent à la Bourse, et participent aux grosses affaires du temps : l'armement, les assurances maritimes, les premières entreprises industrielles. La Caisse d'escompte, créée en 1776 par Turgot, est administrée par les plus puissants de ces banquiers. La banque est ainsi devenue une véritable entreprise, qui connaît une réelle prospérité durant la décennie qui précède la Révolution, et non plus une aventure aléatoire.


La Révolution française, d'abord accueillie avec sympathie par beaucoup de ces banquiers, perturbe bientôt gravement les conditions du crédit. La perte de Saint-Domingue, la guerre avec l'Europe coalisée, la fuite des capitaux liée à l'émigration, les troubles et l'hostilité manifestée par le peuple à l'encontre de tous les manieurs d'argent, forcent ces banquiers à liquider leurs affaires. Mais après la chute de Robespierre le 9 thermidor (1794), les besoins d'une économie qui manque de moyens de paiement et ceux de l'État favorisent la renaissance du crédit et la réapparition de grands banquiers. Au lendemain du coup d'État de brumaire (1799) qui clôt l'ère de la Révolution, les plus puissants de ces banquiers fondent, en parfait accord avec Bonaparte, la Banque de France, chargée de faire des opérations d'escompte et d'avances sur titres à l'aide des billets qu'elle est autorisée à émettre. Mais les structures de crédit qui se mettent alors en place doivent affronter une conjoncture souvent agitée, en raison des guerres constantes, et il faut attendre le retour de la paix, avec l'effondrement de l'Empire, pour qu'elles puissent s'épanouir pleinement.

Source : Alain Plessis

 
 
 
 
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