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21 septembre 2011

« Il faut casser la spirale des peurs »

Retrouvez des extraits de l'interview de Frédéric Oudéa, Président de la FBF, publiée dans le Figaro

 

Les banques françaises ont été fortement attaquées en bourse ces dernières semaines. Faut-il les recapitaliser, le cas échéant avec l'aide de l'Etat, comme l'avait suggéré Christine Lagarde ?

Il faut que les marchés retrouvent un peu de rationalité. La Grèce, puisque c'est la situation de ce pays qui cristallise aujourd'hui toutes les peurs, n'est pas un enjeu pour la solvabilité des banques françaises. Et ce quel que soit le scénario : il suffit de comparer nos engagements sur l'Etat grec avec le niveau de nos profits ou notre base de capital. Je m'abstiendrai de commenter les propos de tel ou tel, mais il me ne paraît pas pertinent de porter un jugement général sur la situation des banques européennes, les stress tests qui avaient été menés avant l'été ont démontré qu'un nombre restreint de petits établissements avaient un besoin immédiat de capitaux supplémentaires. Ce n'est pas le cas de la majorité des banques européennes, ni des banques françaises en particulier. Les banques françaises ont déjà renforcé leurs fonds propres de 50 milliards d'euros depuis 2 ans et seront au rendez-vous de Bâle 3.

Les banques européennes en général, et les françaises en particulier, ne sont-elles pas cependant menacées d’une crise de liquidité, c’est-à-dire d’une panne de ressources ? Les investisseurs semblent en effet de plus en plus frileux pour leur prêter de l’argent, surtout en dollars…

Le sujet de la liquidité du système bancaire est celui des banques centrales, et celles-ci se sont engagées, lors du G7 Finances il y a dix jours, à assurer la liquidité. Certes, nous assistons depuis le début de l'année à un retrait progressif - notamment pour des raisons réglementaires - des fonds monétaires américains du marché du financement des banques européennes. Mais pour ce qui concerne le dollar, les banques centrales ont apporté une réponse forte. Pour ce qui concerne l'euro, la liquidité reste abondante. Enfin, nos établissements ont engagé, depuis 2008 d'ailleurs, des stratégies d'adaptation à cette nouvelle donne(...) Il faut rétablir le fonctionnement normal des flux financiers, ce qui suppose de casser l'effet de contagion psychologique qui est aujourd'hui à l'oeuvre et de rétablir la confiance du reste du monde à l'égard de l'Europe. Et cela commence par le problème grec, auquel les gouvernements doivent apporter une réponse définitive.

Quelle est la solution pour la Grèce ? Dominique Strauss-Kahn estime qu’il est temps de « prendre les pertes »…

Là aussi il faut revenir à la rationalité. Le 21 juillet dernier, l'Europe a décidé un plan exceptionnel en faveur de la Grèce, associant à la fois les puissances publiques et le secteur privé. Il faut s'y tenir (...) Mais le problème de la Grèce, une petite économie à l'échelle de l'Europe, est parfaitement gérable. Il faut casser la spirale des peurs qui fait aujourd'hui douter de la capacité future de l'Europe à gérer ses difficultés si elle ne parvient pas dans l'immédiat à régler le cas grec.

L'Italie en fait les frais...

Et pourtant sa situation n'a rien de comparable avec celle de la Grèce.(...) Il faut comprendre que nous arrivons aujourd'hui au bout d'un modèle de croissance qui s'est trop reposé sur l'endettement des Etats. La zone euro doit désormais afficher des perspectives solides : chaque pays doit mettre en oeuvre des réformes adaptées à sa situation économique propre ; et tous doivent parler d'une seule voix, cohérente, sur les mécanismes futurs qui seront garants de la convergence des différentes économies et qui doivent être lisibles par les investisseurs. Ce sont des questions politiques, qui exigent un engagement politique très fort.

Les banques sont devenues un sujet important du débat politique. Ségolène Royal dénonce leur spéculation sur les dettes d’Etat, Martine Aubry critique leur manque d’engagement en faveur de l’économie réelle… Comment réagissez-vous ?

Ces critiques sont déplacées. Sur la dette des Etats d'abord, rappelons les faits. Si nous détenons des dettes souveraines, c'est parce que nous devons en avoir un stock pour faire notre métier qui est d'aider les gouvernements à la placer, donc à se financer. Et nous en possédons aussi parce que les régulateurs, quand ils ont écrit il y a quelques mois seulement les règles de Bâle 3, ont estimé que les banques seraient plus sûres si elles investissaient leurs liquidités dans des titres de dette souveraine, réputés sans risque...

Quant à notre engagement, je peux affirmer que les banques françaises sont tout entières tournées vers l'économie réelle (...) Je voudrais que chacun ait en tête qu'il n'y aura pas d'économie française forte sans banques fortes. Notre secteur d'activité emploie quelque 400.000 personnes, il continue de recruter, il, forme, et il fait travailler un nombre considérable de prestataires et de PME. La France est le seul pays d'Europe où les crédits à l'économie ont augmenté, en 2009, en 2010 et de nouveau cette année, de 6,2% à fin juillet. Nous avons parfaitement conscience du rôle qui est le nôtre.

 
 
 
 
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