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19 décembre 2014

Marie-Anne Barbat-Layani : "La TTFE, un projet pénalisant pour notre économie et pour l'emploi"

Alors que les négociations sur la TTFE (taxe européenne sur les transactions financières) vont se poursuivre au début 2015, retrouvez l'interview de Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la FBF, dans les colonnes de L'Humanité du 19/12/2014.

 

L’Humanité : La France est à l’origine de l’échec du conseil Ecofin du 9 décembre sur la TTF. Sa mise en place est donc renvoyée à plus tard. Le lobby bancaire a-t-il gagné ? La TTF est-elle enterrée ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Le projet européen de TTF n'est pas enterré à notre connaissance. Il devrait être de nouveau débattu au début 2015, selon les déclarations de différents ministres, à la suite de la réunion en décembre des 11 pays européens qui se sont engagés dans la mise en place d'une telle taxe en 2016. Nous regrettons la poursuite de ces discussions pour ce projet qui, s'il est adopté, sera pénalisant pour notre économie et pour l'emploi dans notre pays. Il faut d'ailleurs noter que 17 pays européens, sur les 28 que compte l'Union européenne, refusent cette taxe dont ils connaissent les conséquences néfastes. Les banques mais aussi les entreprises françaises et européennes ont marqué, depuis plusieurs mois, leur opposition à ce projet contre-productif, parce qu'il va handicaper considérablement le retour à la croissance, qui est pourtant une priorité européenne et nationale. Personne ne sera gagnant si on instaure une TTF, qui est en contradiction avec cet objectif.

L’Humanité : A quelles conditions cette taxe pourrait-elle être efficace, être un atout dans la lutte contre la crise ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Cette taxe est une taxe sur les entreprises, et ne peut en aucun cas être un remède à la crise économique, elle va au contraire aggraver le mal. Pour lutter contre la crise, il faut redonner aux entreprises la confiance et l'envie d'investir, faciliter le financement de leurs projets auprès d'acteurs de proximité. Or, la TTF va à contre-courant de cette nécessité. Concrètement, les opérations, dont les entreprises ont besoin pour leur développement et donc préserver et créer des emplois, vont coûter plus cher dans les 11 pays concernés. Le projet actuellement en discussion prévoit en effet de taxer les actions qui servent aux entreprises à trouver du capital pour se financer et certains produits dérivés qui, contrairement à ce qu'on entend souvent, sont des produits utiles à l'économie. Ils permettent d'abord aux entreprises de diminuer leurs risques de change ou de taux. Pour éviter le surcoût qu'entraînerait une TTF, les entreprises iront faire ces opérations dans des pays qui ne la mettront pas en place (Londres, New York), ce qui va provoquer la délocalisation de pans entiers d'activités financières. Les états n'en retireront donc pas les recettes fiscales escomptées, contrairement aux estimations illusoires qui circulent, et ils perdront les recettes qui s'attachent aux activités délocalisées. Enfin, le système pénaliserait particulièrement la France, qui a une place active et des acteurs bancaires performants, capables d'accompagner les entreprises, notamment les PME sur les marchés. La réglementation internationale conduit en effet les entreprises à se financer de plus en plus sur les marchés, qui représentent aujourd'hui 38 % de leur financement. Dans ce cadre, il est essentiel, en particulier pour les PME, d'être accompagné par une banque de proximité, qui connaît bien la situation de l'entreprise. Les PME sont au coeur de notre économie, une TTF freinerait leur développement.

 
 
 
 
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